à propos de

Charles ALVARO

[…] un photographe ne « voit » pas mieux, ni plus vite. Il voit autrement. Ou plutôt : il décide de voir d’autres choses que celui qui n’est pas photographe.

 

La dernière phrase est un aphorisme qui définit parfaitement la démarche d’un photographe auteur. C’est un extrait de « petite philosophie pratique de la prise de vue photographique » de J-C BECHET & Pauline KASPRZAK.

 

Ce passionnant petit ouvrage (124 pages) s’interroge sur les aspects pratiques et théoriques de l’acte photographique. D’une écriture très alerte, sous forme de dialogues, il traite des questions essentielles sans nous abreuver de verbeux prolégomènes techniques (comme c’est trop souvent le cas dans de nombreux ouvrages sur la photographie).

 

Thèmes entre autres abordés : le cadrage, la composition, le rapport à l’appareil… J’ai apprécié tout particulièrement le développement très pragmatique sur « l’éditing » (chapitre 4) : le crève-cœur des photographes du numérique.

 

A lire, relire, surligner, annoter, et prêter à ceux de vos amis que la photographie intéresse.

Trash-postale ou anti-carte postale

 

C'est l'expression employée dans la page "regards sur la ville".

 

Trash-postale ? L’expression est inventée de toutes pièces. Même Google ne la connaît pas. [ne la connaissait pas avant que je l'utilisasse sur le présent site !]

 

La référence à « carte postale » est évidente : une carte postale représente ce qu'il faut avoir vu et ce dont la beauté et/ou l'importance font consensus. Par opposition,une trash-postale (T.P.) donne à voir ce qu'une majorité ne prend pas la peine de regarder :

 

  • juxtapositions aléatoires, improbables, surprenantes voire surréalistes, parfois nostalgiques, parfois comiques,
  • cadrages et points de vue inhabituels et fortement subjectifs,
  • témoignages des effets aussi inattendus qu'éphémères de la dégradation, de la corrosion...

 

Arles regorge de ces pépites...

 

Pour autant une T.P. ce n'est pas n'importe quoi. Le caractère éphémère ou évolutif est important : certaines TP figurant sur le site n'existent plus en tant que telles en raison d'une destruction... ou rénovation ! Photographier frontalement une œuvre de street-art, ce n'est pas une T.P. si la prise de vue n'apporte aucune valeur ajoutée à l’œuvre du graffeur.

 

Une trash postale va au-delà de la description, elle raconte quelque chose... ce « quelque chose » pourra être et sera probablement différent selon les individus...

Ma première trash-postale

 

Dans la rue Balechou, petite rue étroite à proximité des arènes, une très vieille porte en bois à laquelle les intempéries avaient donné une texture remarquable.

Un graffeur anonyme avait peint au bas de cette porte un fruit aux rondeurs d'une sensualité insolente. Une averse venait de tomber : la pluie avait ravivé la couleur du bois et de son ancienne couche de peinture. Les herbes prétendument mauvaises au bas de la porte avaient reverdi... Le soleil s'était mis de la partie : une lumière pour photographe...

Plossuitude

 

Encore un mot inventé... Clin d’œil appuyé à l'auteur de « les mots de l'image », Bernard Plossu. Ici les mots ont souffert : ils ont perdu des lettres, leur sens a été détourné, un nouveau contexte les rend insolites.