album familial

Cette photo, celle du mariage de mes grands-parents paternels, est la plus ancienne du présent album : Justo ALVARO et Aurelia MATEO. Il était courant alors, cela peut paraître surprenant aujourd'hui, que la mariée fût vêtue de noir.

Six enfants étaient nés de cette union :

- Emiliano que tous ont toujours appelé Benito

- Francisco qu'on a toujours appelé par le diminutif de son prénom : Paco

- Bonifacio, mon père, qu'on a plus souvent appelé Pedro et que ma mère appelait par son patronyme, ALVARO

- Justa

- Anita

- Ricardo, mort prématurément, peu de temps après sa naissance.

 

Côté maternel, aucune photo du grand-père Ramón SUAREZ qui avait épousé Amalia LOPEZ (ma grand-mère). Cette dernière eut 9 grossesses. Seules quatre filles arrivèrent à l’âge adulte :

- Angela

- Teresa, ma mère

- Emilia

- Juanita.

Mon père a été incorporé d'octobre 1939 à juin 1940 à la 52ème Compagnie de Travailleurs Étrangers à SAINT-LOUP-SUR-THOUET (Deux-Sèvres).

Sur la photo plus bas il est assis par terre au premier rang, quatrième à partir de la gauche.

Sur la photo de droite, il est au premier rang, premier à partir de la gauche.

 

Du côté de la famille qui était restée en Espagne...

1951

Thérèse va rencontrer la famille en Espagne.

Cette photo regroupe tous les cousins du côté paternel de la famille.

Au premier plan :

  • José Luis fils d'Anita

Au deuxième rang :

  • Carmen dite Menchu fille de Paco
  • Paquito fils Benito

Au troisième rang, de gauche à droite :

  • Thérèse, ma soeur ainée, 13 ans
  • Lucia dite Luchi, fille de Benito (et soeur de Paquito), 17 ans
  • Anita dite Ani, fille d'Anita (et soeur de José Luis), 15 ans

[Justa et Luis n'eurent pas d'enfants]

 

Le voyage de Thérèse en Espagne avait comporté quelques risques. Thérèse était mineure et ne pouvait voyager qu'avec un passeport espagnol au nom de ses parents. A la frontière on refusait qu'elle entrât en Espagne sans son père... et il était hors de question pour ce dernier, catalogué comme "rouge", de passer la frontière et, par voie de conséquence, de se livrer au régime franquiste.

C'est l'oncle Luis (et mari de Justa) qui va touver la solution...

Luis n'était pas républicain et il n'avait aucun engagement politique franquiste. C'était entrepreneur madrilène qui avait beaucoup de "relations bien placées", un portefeuille qui pouvait donner beaucoup de force à ses arguments et, reconnaissons-le, un grand attachement aux valeurs familales. Luis fit un aller et retour à Barcelone et en 48 heures la voie était ouverte pour Thérèse !

1954 : la naturalisation

 

Dès le début des années 50 plusieurs familles de la communauté espagnole de Guéret avaient demandé et obtenu la naturalisation française. La démarche était mal vue par les autres, perçue comme une trahison de la terre natale. Les années passaient et les émigrés espagnols trouvaient leur place dans la société française, leurs enfants étaient scolarisés. Ceux qui étaient nés après 1939 ne connaissaient l’Espagne qu’au travers de ce que leur avaient dit leurs parents… ou leur instituteur. Et, quand on est enfant on a envie d’être comme les autres, comme les copains d’école, comme les copains du quartier, comme les Français…

 

A l’international, Hitler et Mussolini étaient tombés mais Franco était toujours au pouvoir. Les régimes démocratiques occidentaux s’accommodaient du maintien en place du dictateur...

Que faire ? Plus les années passaient plus le retour en Espagne devenait hypothétique. Le dictateur ne pardonnerait jamais aux républicains de lui avoir résisté par les armes.

Alors mes parents ont craqué. Ils ont demandé la naturalisation française et l’ont obtenue en 1954, 15 ans après la Retirada.

Quand le facteur nous a apporté l’enveloppe contenant de décret de naturalisation, avec mes sœurs et ma mère nous étions très heureux et nous le manifestions bruyamment. Mon père était sans doute heureux, cela lui permettrait de revoir Madrid, protégé par sa nouvelle nationalité française, mais je pense maintenant qu’il vivait l’instant comme un renoncement, un déchirement… l'aboutissement de la défaite.

1956, l'année des faits marquants

Charles ALVARO

[...]

1987, les "honneurs" de la presse locale

 

Le 16 juin 1987 nos parents ont droit à un article dans le Populaire du Centre pour l'anniversaire de leurs 50 ans de mariage.

 

Nous sommes loin de la phraséologie xénophobe de l’Echo de la Creuse en 1938 (voir plus haut) car, tout arrive, mes parents se voient délivrer un certificat de bons et authentiques Guérétois !

 

 

 

 

 

 

2015

 

Quand j’ai commencé à travailler à la construction du présent site j’ai saisi au clavier « Bonifacio Alvaro Mateo » sur un moteur de recherche, on ne sait jamais… et bien oui ! Mon père est bien présent sur le Net ! Il apparait dans le Dictionnaire biographique du socialisme espagnol de la Fondation Pablo Iglesias* avec la notice suivante (traduction) :

 

ÁLVARO MATEO, Bonifacio

Membre de l'Assemblée des délégués départementaux du PSOE en exil pour la Creuse (France).

 

Madrid (Madrid) 25/10/1905 - Guéret (France) 17/11/1994

 

Peintre décorateur. Membre de la Fédération du bâtiment de l'UGT, dont il fut le secrétaire adjoint et membre de l'AS de Madrid depuis 1933.

Après la guerre civile il s’exila en France où, d’octobre1939 à Juin 1940, il fut incorporé à la Compagnie des travailleurs étrangers n° 52 à Saint-Loup-sur-Thouet (Deux-Sèvres) ; dès 1945 il fit partie des sections de l'UGT et du PSOE de Guéret (Creuse).

Il participa à l'Assemblée des délégués départementaux du PSOE en exil en Juillet 1947** : il représentait le département de la Creuse.

Il est décédé à Guéret le 17 Novembre 1994.

Sources : Archives d’exil du PSOE (AE 110-5 et 115-14 / FPI) ; archives d’exil de l’UGT (FFLC) ; B. ASM (1933) ; famille Alvaro.

 

* le nom de la fondation fait référence à Pablo Iglesias, le fondateur du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol et non à son homonyme contemporain fondateur du parti « Podemos ».

** je me souviens que mon père prenait le train pour se rendre régulièrement à Toulouse où se déroulaient des réunions et assemblées du PSOE en exil.

A chaque voyage il nous envoyait une carte postale de "la cité des violettes" comme il le disait sur celle du 18 août 1952 (reproduite ici). Sur cette même carte on peut observer un post-scriptum écrit au crayon : "comprame el Popular" (achète-moi le Populaire). Le Populaire du Centre était le quotidien régional (proche du parti socialiste) qu'il achetait régulièrement.

Quelques photos de mon père quand il était célibataire

La guerre civile

19 septembre 1936.

Mon père avait 31 ans. Il avait rejoint les rangs de l'armée de la République.

Il était "soltero" (célibataire) et habitait au 36 de la rue Embajadores, dans le quartier de Lavapiés, à Madrid.

Il était adhérent du syndicat des peintres.

Ci-contre : le sauf-conduit de mon père pour la défense de l'Aéroport de Madrid, Barajas. Le document mentionne qu'il était caporal (Cabo de milicias).

 

Lors du coup d'Etat des 17 et 18 juillet 1936, le PSOE encourage ses militants à s'engager dans l'armée républicaine pour barrer la route aux généraux putschistes : NO PASARAN !

Ses fusil et pistolet mon père les avait obtenus en participant à la prise d'assaut de la caserne de la Montaña à Madrid.

Mariage le 12 juin 1937 à Madrid,

en pleine guerre civile, de ceux qui allaient être mes parents :

Bonifacio Álvaro Mateo et Teresa Suárez López.

 

En Espagne, les femmes mariées conservent leurs "apellidos", c'est à dire les patronymes de leur père et mère.

 

En émigrant en France elles allaient devoir renoncer à cette pratique pour ne prendre que le seul nom de leur mari.

 

Ma grand-mère disait qu'en venant en France, elle avait tout perdu, même son nom.

Ma sœur Thérèse est née à Barcelone

le 9 mars 1938 pendant la retirada.

C'est dans les bras de notre mère qu'elle allait franchir les Pyrénées en février 1939 sous la mitraille des aviations allemande et italienne.

Après la retirada, l'exil...

Sur la photo de gauche mon père est debout au deuxième rang, premier en partant de la gauche:. Au dos de la photo :

"à ma Thérèse et petite Thérèse

en souvenir de mon séjour en France en compagnie de quatre amis de Madrid.

ALVARO.

VIVE MADRID 7 avril 1940"

Alors, mon père ne se doutait pas que cette "estancia", ce séjour en France allait durer "hasta la muerte".

Au cours de la retirada...

 

mes parents s'étaient perdus de vue.

 

Comme des dizaines de milliers d'autres réfugiés, ma mère a passé la frontière des Pyrénées en février 1939. Elle avait 23 ans, elle était accompagnée de sa mère 64 ans (abuelita), de sa jeune sœur Juanita (14 ans) et de sa fille âgée de 11 mois, Thérèse, ma sœur aînée.

 

Après le camp d'Argelès, les autorités françaises les ont expédiées dans la Creuse, à Lavaveix-les-Mines. Elles étaient cantonnées dans des baraquements. Des militants communistes de cette petite ville minière, la famille Romaneix, se sont émus de leur situation et les ont accueillies chez eux....

 

Embellie de courte durée : à la déclaration de guerre en septembre 1939, comme quelques 128 autres réfugiés, elles ont été bouclées dans la prison, désaffectée certes, d'Aubusson. Noël 1939 en prison...

Ensuite elles ont été expédiées dans le camp de Clocher à proximité de Guéret.

 

Les photos ci-contre ont été prises dans le jardin public de Guéret pendant que mon père était dans la CTE des Deux-Sèvres.

A gauche, le certificat de bonne conduite délivrée à ma mère à sa sortie du camp de Clocher dans la commune de Saint-Suloice le Guérétois

 

 

Camp de Clocher, 26 -4 -40

 

Je certifie que la réfugiée

Espagnole Térésa Suarez

hébergée au Camp de Clocher

près Guéret (Creuse) Baraque

n° 5 est d'une moralité excellente,

bonne mère de famille, très bonne

conduite, disciplinée.

 

En foi de quoi je lui

délivre le présent certificat

pour valoir ce que de droit.

 

Jolivet

Chef de camp

 

 

A droite, un extrait du journal l'Echo de la Creuse : il reflétait l'état d'esprit d'une partie de la population hostile aux étrangers. Rien de nouveau sous le soleil !

Retrouvailles.

 

Mes parents se sont enfin retrouvés en septembre 1940 grâce aux réseaux du PSOE (Partido Socialista Obrero Español) en exil et de la Croix Rouge.

 

Il était temps : mon père avait perdu tout espoir de retrouver sa femme et sa fille, sa place était réservée sur un bateau en partance pour le Chili.

 

A gauche, la photo a été prise dans le jardin d'une voisine de la rue Roudaire, Aline Deschâtres.

 

A droite, Thérèse à côté de notre père. Cette photo date probablement de 1942, au début de l'été d'après l'état de la végétation. Thérèse devait donc avoir 4 ans.

 

En plus de ses journées de travail comme peintre en bâtiment, mon père cultivait un des 18 jardins ouvriers (le onzième) à proximité du champ de foire de Guéret. Je me souviens que notre "voisin de jardin" se nommait Guéret, comme la ville où nous habitions ce qui rendait perplexe l'enfant que j'étais.

Thérèse en 1942 et 1943

A gauche, rue Roudaire.

 

Sur la photo de groupe, à la maternelle de Guéret elle au troisième rang, debout, la première en partant de la gauche. C'est la seule qui ne regarde pas le photographe. Pourquoi ? Elle contenait une impérieuse envie de faire pipi et lorgnait vers la porte des WC.

 

La photo en médaillon a été réalisée en 1943 au studio De Nussac, le photographe réputé et incontournable de Guéret

 

1943

Juanita épouse Raymond Bellon.

 

Ma tante Juanita (la sœur de ma mère) avait 18 ans : elle quittera la Creuse pour s'installer à Paris où elle restera toute sa vie. Elle aura 3 enfants.

 

Dans la photo de groupe, ma sœur Thérèse est l'enfant avec une robe bleu clair.

 

Assis au premier rang de gauche à droite : la mère du marié, mon père, ma grand-mère, Raymond, Juanita, le père du marié, ma mère.

 

Au deuxième rang, septième à partir de la gauche Pascuala Corecher, une Espagnole émigrée.

A Lavaveix-les-Mines, Germaine Romaneix épouse Aumaréchal

 

Des liens d'amitié s'étaient maintenus entre ma mère et la famille Romaneix de Lavaveix-les-Mines qui l'avait accueillie quand elle était arrivée dans la Creuse.

 

M. Romaneix est l'homme assis à côté de la mariée. Toute enfant Thérèse disait qu'elle avait deux papas : son papa et papa Romaneix. Thérèse est la petite fille assise au premier rang tout à fait à droite.

 

Juanita est au deuxième rang, debout, la huitième en partant de la gauche.

Mon père et ma mère sont au troisième rang, troisième et quatrième en partant de la gauche.

 

On aperçoit en partie ma grand-mère tout à fait droite : elle ne voulait pas figurer sur la photo mais elle s'est ravisée au denier moment.

Je suis né à Guéret

Ma mère a accouché à la maison, au numéro 8 de la rue Roudaire. C'était le 5 avril 1944

Au dos de la première photo à droite : "29.04.1944 - mi hijo querido - 4,800".

La deuxième photo sur laquelle je suis dans les bras de mon père date du mois de juin.

La troisième où je pose avec mon père a sans doute été prise la même année sur un stand à l'occasion de la fête de la Trinité.

Enfin, sur la quatrième, je suis dans les bras de ma grand-mère, (abuelita : mémé)

Et 18 mois plus tard Aurélia était là.

 

Sur les photos, de la gauche vers la droite

 

  • Aurélia dans les bras de notre père, Thérèse et moi sommes assis par terre
  • Aurélia, moi à l'arrière-plan
  • Aurélia avec moi, son "grand frère"
  • la même avec moi sur le tricycle
  • Aurélia et moi sur la place Bonnyaud de Guéret.

Avec Aurélia à l'école maternelle.

 

Sur la photo de groupe Aurélia se trouve au quatrième rang, la cinquième en partant de la gauche. Je suis au deuxième rang, le onzième en partant de la gauche.

 

La photo de droite avait été prise par un professionnel dans le cadre de la maternelle, photo "colorisée" par notre mère. Elle était très fière de cette photo et l'avait envoyée à la famille en Espagne. On observe qu'Aurélia avait posé à sa droite un poupon lui aussi vêtu d'un tricot assorti au nôtre. La perspective fait que l'on aperçoit la jambe du poupon dans le prolongement du bras d'Aurélia... et la famille qui ne nous avait jamais vus « en chair et en os » s'était inquiétée de savoir si Aurélia était handicapée, atrophiée du bras droit !

Promenades dominicales à Guéret

 

Les dimanches on faisait un tour dans la ville pour se montrer dans ses "habits du dimanche".

 

Ces photos étaient prises à la volée par un photographe qui vous remettait un ticket numeroté.

 

Dès le lendemain, on se rendait au bureau de tabac "la Civette" au coin de la place Bonnyaud, et sur présentation du ticket, il était possible d'acheter un tirage de la photo de la veille.

 

La photo de droite est datée au dos : 14 août 1949.

Thérèse participait plus rarement aux promenades dominicales (sauf sur la photo colorisée plus haut à droite où elle ne figure qu'à moitié dans le cadrage) : plus âgée , six ans de plus que moi et sept ans et demi de plus qu'Aurélia, elle était plus souvent en compagnie de copines de son âge.

 

La photo de gauche a été prise en 1950, à l'école communale de Guéret, place Varillas.

Thérèse se souvient que, contrairement aux apparences, la photo n'avait pas été prise en salle de classe mais à l'extérieur. Le photographe avait fait transporter un pupitre écolier et une carte de France dans la cour pour, évidemment, profiter de l'éclairage naturel de la lumière du jour...

A gauche, une photo dédicadée à mes parents datée du 18 octobre 1945, le dizième anniversaire de mariage de Justa (la soeur de mon père) anec Luis Iznaola :

 

A nos chers frères Pedro et Térésa, dix ans plus tard, très affectueusement. Luis et Justa

 

A droite

La photo date de 1940 ou 1941. Justa à gauche, Anita (l'autre soeur de mon père) et, au milieu Ani, fille de Anita.

 

Depuis ce cher Madrid,

très affectueusement, tes soeurs et nièce, Justa, Ani et Anita.

 

 

Photo de gauche

 

Mariage de ma cousine Luchi. Elle est à côté de son père, mon oncle Benito.

 

 

 

Photo de droite

 

Mon oncle Paco était veuf. Son épouse Carmen (et mère de leur fille Menchu) avait succombé à une grave maladie.

En 1955 il se remarie avec la sœur de Carmen : Pilar (dite Pili).

A nos chers frères et

neveux avec toute notre affection.

Paco et Pili

1 - Le voyage à Madrid... inoubliable !

 

Une émotion mêlée de crainte. Malgré la nationalité française acquise depuis un an et demi mes parents ne se sentent pas totalement à l’abri d’un mauvais coup des autorités franquistes. En fin de compte tout va bien se passer à la frontière et la douane. Changement de train à Irun : la largeur des voies de chemin de fer espagnoles est différente de celle des voies françaises.

 

Le voyage commencé en France en deuxième classe se poursuit en Espagne en troisième classe. Un train bruyant, inconfortable, bondé : mes sœurs et moi faisons la quasi-totalité du voyage dans le couloir ou sur la plate-forme donnant sur les WC. J’y pense chaque fois qu’à la télévision on voit un documentaire sur les trains en Inde ou en extrême orient.

 

Deux anecdotes : le train s’arrête à une gare, deux guardias civiles montent dans la voiture. Ils entrent dans un compartiment et font déguerpir plusieurs personnes dont ma mère. Quelques instants plus tard, ils roupillent affalés sur la banquette.

 

Un passager du train a compris qui nous étions. Petit moment de complicité : il montre à mon père une montagne dans le lointain et lui dit :

-Vous voyez la montagne là-bas, il n’y a plus un seul arbre, ils les ont tous coupés.

- ?

-Quand arrivait l’automne leurs feuilles devenaient rouges…

 

L’arrivée du train en gare de Madrid est surréaliste : les familles de mon père et ma mère, une vingtaine de personnes, nous attendent sur le quai. Etreintes et embrassades dès que la porte de la voiture est ouverte… les autres voyageurs ne peuvent plus sortir. A l’un d’eux qui proteste une de mes tantes assène : « c’est mon frère, je ne l’ai pas vu depuis 20 ans ! », convaincante au point que les voyageurs se résolvent à descendre du train côté voies.

A gauche photo de famille dans l'appartement de de mes oncle et tante Luis et Justa.

 

Je ne figure pas sur la photo car c'était moi qui officiait au Brownie Flash.

 

De gauche à droite :

  • ma soeur Thérèse (debout);
  • ma tante Anita
  • José Luis fils d'Anita et Pepe
  • Ani (au tout premier plan) soeur de Jose-Luis
  • mon père
  • ma tante Justa (assise)
  • ma mère (debout)
  • ma soeur Aurélia (regard en coin !)
  • Martina, employée de maison de Justa
  • Pepe (mari d'Anita et père d'Ani et Jose Luis)

 

Mon oncle Luis ne figure pas sur la photo ainsi que mes oncles Benito et Paco qui habitaient à l'opposé de Madrid

 

Photo de droite ; je suis à côté de mon cousin Jose Luis. Nous posons devant le monument à Cervantes , place d'Espagne.

2 - Le déménagement

 

Le 30 décembre 1956 nous avons quitté la rue Roudaire. Le logement de la rue Roudaire avait été notre premier logement à la sortie des camps et autres baraquements, c’était un taudis sans sanitaires ni même eau courante.

 

Nous avons emménagé dans un ensemble HLM que la Ville de Guéret avait fait construire dans le cadre de « l’opération million » afin de résorber l’habitat insalubre. « Million » c’était le coût unitaire en francs de l’époque de chaque logement. En 1958 ce « million » allait devenir dix mille « nouveaux francs".

 

Le confort était plutôt spartiate : aucun chauffage n’était prévu, fenêtres à vitrage simple, pas de volets, aucune isolation thermique… mais il y avait l’eau courante, des WC et une salle de bain !

 

Force est de constater, a posteriori, que ce modeste ascenseur social intervenant peu après notre naturalisation a fait que mes parents, ma mère surtout, ont bien mieux assumé leur nouvelle identité française.

 

Quelques mois après l’emménagement des logements, les nouveaux locataires avaient procédé à une sorte d’inauguration de la cité de Champegaud (photo ci-contre). C’était le 1er mai 1957.

 

Sur la photo, dans l’alignement de ceux qui sont debout, mon père est le septième en partant de la gauche, derrière le cadre avec un blason « air/lumière ».